Herboriculteur ou Paysan-Herboriste
Culture et transformations de plantes aromatiques et médicinales
Sirop de pissenlit
Il fait bon, il fait chaud, on fait du sirop !
Une petite recette prétexte à quelques digressions…
Première étape nécessaire et qui peut s'avérer difficile pour certains en ces temps confinés et il faudra donc attendre la fin du confinement : accéder au spot de pissenlits dit Taraxacum officinale (le nom du pissenlit en latin pas celui d'un camp romain dans Astérimse). Et je m'excuse par avance de cette gêne occasionnée. Ce lieu bien entendu il faut qu'il soit absolument secret, qu'aucun zumain à part vous n'y accède. Et que bien entendu une ribambelle de créatures féériques y fassent régulièrement fiestas et ripailles (cela augmente la qualité des principes actifs du Taraxacum babaorum)… A défaut d'un tel lieu, tu peux tout de même choisir un endroit protégé de la pollution générée par les zumains. Evites aussi le champ occupé par les vaches. D'une part parce que sait-on jamais il pourrait y avoir parmi elles un taureau qui aurait envie de t'expliquer 2-3 petites choses en rapport avec ton intrusion intempestive… Et d'autre part parce que les vaches adorent le pissenlit et si tu leurs en prends elle vont te casser la gueule ! Non pas vrai, par contre elles le mangent, et elles vont faire pipi et oui. Et comme elles n'utilisent pas les toilettes sèches qu'elles n'ont pas, elles font aussi pipi sur les pissenlits. Tu vois le truc ? Si c'est pas le cas je ne peux rien faire pour toi !
Une fois que tu as pu trouver le lieu idéal, tu peux passer à la récolte. Et comme toujours dans le respect de la plante (tu utilises tes mains avec délicatesse et amour) et de ce qu'on appelle "la ressource" (tu prends pas tout, juste ce dont tu as besoin). Pour cette dernière (le respect de la ressource) tu peux pratiquer la danse du facétieux korrigan un peu ivre dansant de plante en plante toujours sur un pied. Moi je ne le fais pas, je suis pas bon danseur et en plus je ne bois pas (oui ça existe les korrigans).
Un petit peu de botanique
Et qu'est ce qu'il faut récolter ? Hé hé, les capitules !
Tu ne connais pas cette bête là ? Prépares toi alors à découvrir un autre monde, à oublier tout, enfin une partie de ce que tu as appris jusque là ! Tu vas pénétrer dans la dimension botanique, une dimension où les fruits ne sont pas des fruits, et les fleurs ne sont pas des fleurs. Moi aussi je suis passé par là (arf j'y suis encore bloqué même), un univers où se confondent illusion et réalité… Prêts tu es padawan ? Parti c'est alors !
Donc il faut ramasser les capitules (réalité) ce que communément on appelle les fleurs (illusion). Il s'agit de la partie verte et de la partie jaune que l'on nomme généralement pétales (illusion). La partie verte est composé du réceptacle (réalité) lui-même entouré de bractées (réalité toujours) que parfois certains nomment les pétales vertes (illusion de retour). L'ensemble des bractées ne forme pas un truc ou un bordel vert (illusion encore) mais l'involucre (reality is back).
La tête qui tourne ou bien ?
Okay ! Donc j'en reviens aux pétales (illusion) jaunes qui sont toutes des fleurs (réalité). Chacune de ces vrais fleurs ont 5 pétales (les vrais cette fois) soudées qui forment un petit tube à la base et se termine par une sorte de languette nommée ligule (réalité toujours). On appelle cela des fleurs ligulées, une caractéristique des Astéracées la famille de notre ami pissenlit. Et Bim !
Attends, attends c'est pas fini ! En plus je suis presque sûr que t'y crois pas… Les fleurs sont des organes reproducteurs (si si) on est d'accord ? Et ben chaque pétale (les fausses) est une vrai fleur possédant 5 étamines (organes mâles) soudées ensemble au niveau des anthères (là où se trouve le pollen) et formant un tube qui lui-même sort de la partie tubulée de la fleur ligulée jaune.
Allez on continue bordel ! De ce tube (les étamines soudées, rhoo la la) sort le pistil (organe femelle). Oui ça fait beaucoup de machins qui sortent de trucs… Il est terminé par deux stigmates (la vérité vraie) dont l'objectif est de recueillir le pollen, pour permettre la naissance d'un bébé (illusion, grosse illusion).
Et voilà, ce que certains appellent pétales et dont tu ne fais plus parti maintenant est bel et bien une fleur nom de dieu ! Re-Bim !
Et tu pourras maintenant te la péter toi aussi ! Dès le confinement terminé, hop hop, potos et familia avec toi pour une sortie nature sur la découverte des véritables fleurs de pissenlit. Un nouveau monde s'ouvre à toi ! Elle est pas belle la vie ?!!
On passe à l'action !
Atterissage ! On quitte la dimension botanique et on retourne à notre… notre quoi déjà ? Ah yes ! À la préparation du sirop, parce qu'il fait beau et qu'il fait chaud !!! Et si c'est pas le cas tout est dans la tête
Une fois les capitules récoltés on va passer à l'effeuillage, ouais l'effeuillage... L'étape où, un peu, passionnément, beaucoup et à la folie tu vas retirer délicatement et sensuellement chaque fleur du réceptacle. Un moment que tu ne seras pas prêt d'oublier, oh non. Personnellement je l'ai fais avec ma compagne… Ben ouais c'est un peu chiant à retirer et en plus ça salit les doigts !
Ah, j'entends quelqu'un dans mon oreillette :
"Et pourquoi mon cher ami tu ne gardes pas l'involucre et le réceptacle du capitule ?"
Tout simplement parce que très cher ami cela te dispensera d'éprouver une certaine amertume lors de la dégustation de ce fantastique sirop.
Ah j'avais oublié ! Un tout petit peu avant l'effeuillage tu fais un petit fanage... Tu laisse les capitules un peu au soleil, cela te permettra de laisser les petites bêtes s'enfuirent vers de nouveaux horizons.
Ensuite tu mets toutes ces fleurs dans l'eau, l'eau dans une casserole et la casserole sur le feu (ceci est une expression) et tranquillement tu portes à ébullition. Et HOP t'arrêtes tout ! Éteints le feu, retires vite la casserole du feu, couvre la casserole à l'aide d'un couvercle et laisse reposer toute la nuit.
Le lendemain tu reprends ta casserole avec l'eau dedans et les fleurs dans l'eau (l'ordre est extrêmement important). Et tu passes au filtrage le but étant bien entendu de garder le liquide. Et tu presses bien les fleurs (les vrais hein pas les capitules) aussi fort que tu es… non, motivé.e !
Et tu ajoutes du sucre dans le liquide dans lequel il n'y a plus les fleurs. Rigoles pas ! Te trompes pas… parce que si tu as encore les fleurs ou que tu fous l'eau dans le sucre, pas certain du résultat je suis, padawan.
Et c'est reparti pour un tour sur le feu et tu mélanges aussi un peu le sucre qui est dans l'eau dans la casserole. Mais tu fais monter la chaleur doucement (de l'eau dans la casserole… pas du radiateur) sans couvercle. Il ne faut pas faire bouillir afin que le liquide s'épaississe et que l'évaporation se fasse lentement. Cela peut prendre du temps (1 heure). La réduction doit se faire à peu près de moitié, trop tôt tu auras de l'eau trop tard tu auras du miel, ce qui n'est pas mal non plus tu me diras…
Quand c'est ok tu transvase en bouteille, tu attends un peu que cela refroidisse et zou au frigo !
Et les quantités dans tout ça ?
Au départ j'avais regardé dans les livres et sur le web. Et là tu te retrouves souvent bloqué entre deux dimensions : la dimension botanique et la dimension… non-botanique. On t'indique tant de poignées ou de grammes de fleurs, mais quelles fleurs ? Les vrais ou les fausses ? C'est le poids des capitules ou celui des fausses pétales séparées du réceptacle et des bractées ? J'ai même vu l'indication en millilitres…
Alors moi j'ai fais avec ce que j'avais, c’est-à-dire 175 grammes de fleurs, bah oui les vrais…
J'ai commencé par les mettre dans un litre. Mais franchement j'ai eu l'impression que j'avais presque plus de fleurs que d'eau dans la casserole. J'ai donc versé au total 1,75 litre (ou 1 litre + 750 millilitre).
Bon j'avoue je n'ai pas pu mettre du sucre de canne bio cette année. Parce qu'il n'y a pas que les rayons de PQ qui sont dévalisés en période de confinement, y a aussi le sucre… D'habitude il reste toujours du bio mais là même po !
Donc j'ai mis 175 grammes de sucre roux qu'il restait et 600 grammes de sucre blanc, oh mon dieu, my god, ma doue ! Je sais, adieu le paradis biologique et bienvenue l'enfer chimico-industriel… Promis j'irai à confinesse…
Normalement il se dit qu'il faut mettre autant de sucre que d'eau, mais je suis pas trop sucre, et là avec du sucre blanc raffiné… De toute façon je ne pense pas qu'il aura le temps de fermenter (la petite bouteille a déjà sauté !).
Tu noteras au passage la présence du nombre 175 qui n'est pas celui de mon QI… Mystère… Message caché...
Enfin, je te dirai : expérimente, teste et amuse-toi !
Et les propriétés ?
Franchement je ne le fais pas pour un traitement thérapeutique, je le fais d'abord pour le plaisir du goût. Mais les propriétés du pissenlit comme je l'ai déjà dit pour les racines sont très essentiellement au niveau du foie, dépuratif et digestif aussi. Avec le sucre (surtout celui que j'ai utilisé) je reste septique… C'est aussi pour ça que j'en mets toujours un peu moins.
Mais bon il fait beau, il fait chaud alors on fait du sirop !!
Ah pétard j'ai oublié de te dire : à la base du pistil, au niveau du réceptacle et bien il y a l'ovaire. Ah oui et puis les fleurs du pissenlit (les vraies) on les appelle aussi des fleurons. Et puis il y a aussi… Comment ça t'en a marre ? Ok j'arrête mais tu viendras pas pleurer après ta sortie nature avec tes potos et ta familia !...
Porte-toi bien !
L'Herborigène




